L'ÉGLISE SAINT JACQUES D'ISSY L'ÉVÊQUE

           Issy L'Evêque  est  un village très ancien.  Il s 'est  bâti, au  cours  des siècles,  à partir d'une  ferme romaine :  la " Villa Issiacus ", d'où le nom d'Issy.

Son territoire, probablement vers le VIIIème siècle devint possession des évêques d'Autun. D'où le nom d'Issy L'Evêque.

   A l'origine, pour  se  protéger,  le bourg  s'est  concentré autour du château. eglise facade côté entréeSeigneurial aujourd'hui disparu. Il était  entouré  de fossés dont  on  peut  encore  percevoir les traces (la rue Basse,  la  rue des Fossés).  De cette enceinte circulaire, il reste peu de vestiges :  le  porche qui joint le champ de foire à l'église, la tour découronnée de la rue J.F. Carion et  une  partie  des murailles sur lesquelles on a construit, plus tard, le presbytère.

   Au centre  de  cette  enceinte,  l'église,  construite  dans  le  second tiers du XIIème siècle a défié l'outrage du temps. C'est autour d'elle, qu'ensuite le bourg s'est agrandi. Pendant des siècles, elle en fut le cœur et la tête. Si depuis 1897, la Mairie, construite à la périphérie, au pied de la butte de Montrifaut, en est devenue la tête, l'église en reste le cœur.

   Classée par l'état, monument historique, non seulement elle est le plus beau fleuron de notre patrimoine local; mais  elle  est  reconnue  comme  un  élément   remarquable  du  patrimoine  national,  témoin   de  l'art  roman bourguignon. Un art qui ne s'est pas limité  aux  édifices prestigieux des grandes cités, mais a  illuminé aussi les plus reculées de nos campagnes.

Découvrons-la ensemble.


  Vous   apprécierez   comment   la  lumière  joue  avec  les  pierres  tirées du granite du pays, le matin, dans la journée, à la tombée du jour.

   Vous voyez aussi comme elle est inséparable des maisons qui s'agglutinent autour d'elle.  Impossible d'obtenir un cliché qui l'isole, comme si, pour ses constructeurs, foi et vie quotidienne se confondaient.

   Vu  de  près, elle  semble   incrustée  dans  le  sol,  dans  cette   terre  lourde,  pénible  à  cultiver,  comme  si elle s'enracinait dans le labeur des hommes. Il faut pour y pénétrer, descendre une dizaine de marches.

   Son clocher carré, appuyé  sur   ses  contreforts, comme  à  force  de  volonté s'obstine à hisser vers le ciel le poids accablant des travaux et des jours. Visible  de  toute part, il témoigne cependant que c'est en se projetant là, que prennent sens les choses de la vie.



Descendons les marches et entrons.

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   Alors, c'est l'émerveillement,   la  révélation   du   sens  espéré,  la   préfiguration  de  cet  autre  monde où se dissoudront dans l'harmonie et la paix toutes les misères du monde.

   Regardez  ces  piliers  qui  s'élancent  si  haut  vers  la   voûte   et  dont  la  succession  polarise le regard vers l'abside  dominée  par l'autel  et  ou trône le Christ. Vous êtes soudain dans un univers à la fois clos et ouvert, à  la  fois présent et futur, qui semble se suffire à lui-même au delà du temps.


Essayons   maintenant   de  la  découvrir  de   plus   près,   d'en   analyser   la structure, sans  trop  nous perdre dans le jargon des spécialistes.

   Parvenue intacte jusqu’à nous,   elle  n'a  pas  eu à souffrir de  remaniements  malencontreux. Elle  frappe  par sa simplicité, son austérité même : pas de fioritures  inutiles  qui  viendraient  détourner l'attention  de  l'essentiel. Elle  est à l'image du pays  où  elle  est née : un pays  alors  pauvre  et  rude  où l'on ne pouvait s'offrir les riches enluminures des cathédrales.

   nef eglise Voyons le plan d'abord. C'est le plan primitif  de   la  basilique  latine,  sans  transept :  une  nef  principale qui s'élève à 11,80m., Deux bas côtés de 7,10m. de hauteur, orientés d'Ouest en est,  en  direction  du tombeau du Christ  et  d'où  chaque  matin  renaît  la  lumière.  Un  rectangle de 36,55m. de long sur 14,75m. de large.  La grande   nef   se   ferme,   à   l'Est,   sur   une  abside circulaire voûtée en cul de four, les deux petites sur  deux  absidioles  moins  profondes.  A l'ouest,  le clocher  s'élève  au-dessus de la première travée de la nef.

   Au-dessus,  telle  une  image  du ciel,  surgit la  voûte  dont  la  naissance est soulignée par une corniche. Elle est  ornée  d'une  grande  fresque : le Christ  en  majesté,  entouré  des  symboles  des  quatre évangélistes. Ce thème,   très   ancien,   est fréquent  dans  les cathédrales ou basiliques romanes. Faut-il en  conclure que  cette  fresque  date  des  origines ? Impossible de l'affirmer. Ce que nous savons, c'est qu'elle fut restaurée en 1872 et qu'elle a bien besoin, aujourd'hui, de l'être de nouveau.

roman  clunisien  d'Anzy-leDuc,  Semur- en-Brionnais,  ou  même  de  Bois-Ste  Marie,  on  ne  peut  manquer d'être, une fois de plus, frappé par sa rigueur et sa simplicité. Sont-elles dues au tempérament plus rude  de nos ancêtres, à l'isolement de la région, à des ressources financières plus restreintes ?

   Ne   regrettons   rien   cependant,   telle quelle,   elle   traduit   fidèlement,   dans   sa  sobriété, la vie et la foi de ceux qui nous ont précédés.plafond eglise

   Il    est    impossible   de   retracer   ici    l'histoire   de  cette  église ;  au  cours  des  siècles  elle  a  surmonté nombre  de  périls  et   de  calamités  :  incendies,  pillages,  révolution,  et  elle  a tenu jusqu'à nous telle que ses bâtisseurs l'ont voulue.

   Les   seuls   changements   accessoires,   sont   à   rechercher  dans   son   équipement,  son mobilier.  Le sol  que   nous  foulons  aujourd'hui   est   récent  :  composé  de  dalles  noires  en pierre   de  Volvic,  il   date   de 1878.  Longtemps,  il  fut revêtu de pierres tombales, car jusqu'au milieu du XVIIIème siècle les fidèles tenaient à avoir leur sépulture dans l'église.

   La toiture du clocher a varié  de façon  parfois  malheureuse  au cours  du  temps. Elle  a  retrouvé, il y a peu, sa forme romane authentique.  Ce  clocher  est habité d e trois  cloches.  La plus  grosse (2 000 kg) est la seule à avoir défié les siècles : elle date de 1520 et a été fondue sur place, au pont des Taupières.

   A  l'entrée  de  l'église,  de chaque  côté,  deux   bénitiers   octogonaux,  taillés  dans  la  pierre accueillent les fidèles, tandis qu'au milieu de l'abside de la nef sud, s'érige la grande cuve baptismale de même forme.

eglise petite porte  Si  vous  êtes   très  curieux  et   très  attentifs,  vous  découvrirez  à  gauche  de  la grande porte, dans l'angle des murs près  du  confessionnal, deux figurines  de  pierre  superposées,  d'origine  inconnue;  sans  doute des vestiges, placés  là  un  peu  au  hasard, de motifs d'anciens autels. Nous savons en effet  que, dans  les  siècles passés, les bas cotés comportaient de multiples autels consacrés au culte des saints.

   La construction est d'une sobriété extrême .   A l'extérieur, seule la façade ainsi que les contreforts du clocher et  les nefs  sont en pierres appareillées ; les autres murs sont en pierres communes à l'exemple des maisons du bourg.

   A l'intérieur, la grande nef  est  plus  travaillée;  ses murs sont appareillés  tandis  que les arcs qui séparent ses travées, et les grands piliers sont en pierres taillées.

   Il semble   que   les   travaux  aient   été  réalisés  en deux  campagnes  successives.   On  a   commencé  par  l'abside  et  les trois travées qui la précèdent.  Leurs  arcades  sont en plein cintre et la construction semble plus soignée. Les trois autres travées qui conduisent vers la porte principale ont sans doute été édifiées ultérieurement : Leurs arcades sont en arc brisé. On  retrouve la même disposition dans les deux bas-côtés et la construction parait plus approximative :  un œil attentif   pourra constater que la symétrie n'est pas parfaite, l'axe de  la  nef  principale  est  légèrement a gauche  et   les   nefs latérales sont de largeur inégale. Manque de temps, épuisement des ressources et... des  hommes ? Comment  savoir !  Malgré  cela, l'équilibre  de l'ensemhist eglise 6ble reste d'une grande harmonie.

   Le  plus  bel  ornement de  cette  église,  c'est   son  architecture   même.  Nul besoin  de  ces ajouts artificiels qu'on  trouve   trop   souvent   dans   des   édifices   plus   tardifs.  Tout  converge  pour   que   le   regard  soit  irrésistiblement  attiré vers le chœur où s'accomplit l'acte liturgique.

   De  l'entrée jusqu'au  milieu de l'édifice  la  décoration  est inexistante  ou très fruste. Beaucoup de chapiteaux sont    vierges    de    sculptures,    quelques    feuillages,    quelques    volutes   seulement.  C'est   à   partir  de  la   quatrième   travée  qu'apparaissent   des sculptures  plus  élaborées :  masques  et  groins,  lions  aux pattes  posées  sur  la  tête. Plus on avance vers le chœur,  plus les décors s'affirment, mais il reste toujours strictement intégré  aux  éléments  clés  de  la  construction  :  les  grandes  arcades  en plein cintre sont ornées de tores, les chapiteaux   présentent   des  feuilles d'achantes  plus  élaborées, côté sud l'un des chapiteaux du chœur montre des oiseaux et des masques.

  Et   l'on   parvient   à   l'abside.   Elle  s'ouvre par un arc en plein cintre dont les extrémités retombent sur deux pilastres à cannelures.

   Son   pourtour   est   garni  d'un    banc   de   pierre   sur   lequel   s'élèvent  six  colonnettes encadrant deux à deux  les ouvertures   et   réunies   entre   elles  par  cinq  arcatures  en  plein  cintre.  Du  côté  gauche,  s'ouvre une  armoire  qui  porte les armes des Bourbon : Deux cygnes affrontés  sous  une  tête.  De  construction  plus  tardive  probablement du XVème siècle, cette armoire  s'inscrit  dans  un arc gothique surmonté d'une très belle fresque qui représente l’annonciation de la Vierge.

  De la  même  origine proviennent  probablement  trois  statues,  récemment  extraites  des greniers du presbytère et replacées,  après  restauration,  dans  l'église.  Dans  l'abside  Nord,  un  St Sébastien en bois, autrefois peint qui  date  du  XIVème  ou  XVème siècle.  Dans l'abside sud,  une  vierge  et un angelot en bois polychrome du XVIIIème siècle. En place depuis très longtemps, au Nord ,  une madone   en   pierre   peinte,  du XVème  ou  XVIème  siècle, au sud, St Jacques. En bois polychrome cette statue de facture  tardive  (XIXème)  en  a sans  doute   remplacé   une  plus   ancienne   aujourd'hui   disparue.  Restaurée,  elle   aussi,  elle  témoignage  de  la fidélité   des   paroissiens   au   saint   à  qui, dés sa construction fut dédiée leur église. Chaque année, le dernier dimanche de juillet, sa fête est célébrée par tout le village.

 clocher eglise   Au centre  du  chœur, le maître-autel, de style contemporain, a heureusement  remplacé   en  1968,  celui  qui avait été érigé en 1856 dans le goût "pâtissier" propre à ce temps.

   Certains vitraux   relèvent  aussi  de    cette    période,   tandis   que   les   plus   récents,  moins  contestables, accueillent merveilleusement, à certaines heures, les jeux du soleil.

   Les bancs de chêne de la grande nef ont été fabriqués en 1887 par des artisans du village.

   Nous  espérons  que  ces  quelques  images  vous  auront   donné   l’envie  et  le   besoin  de faire  un pas  de plus. Car ce ne sont que des images, incapables, à elle seules, de nous révéler les secrets de la pierre vivante.

   Entrez donc dans   notre   église,   ouvrez   vos  yeux  et vos esprits, faites silence et laissez vagabonder votre imagination.

  Que   vous   croyiez   au  ciel  ou  que  vous n' y  croyiez pas,  vous  y   trouverez   la  paix  selon votre cœur. Vous  éprouverez  la  présence  de  la  longue  cohorte  des hommes et des femmes qui, au long des siècles, de génération en génération, ont apporté là leur labeur, leurs peines et leurs joies.

   Au-delà  de  l’art  des  bâtisseurs  et  de  la  magie de la pierre, c'est du mystère de ces vies accumulées que s’auréole la beauté de notre église.